Fin janvier passé, date étonnante, Microsoft lançait sur les marchés français et suisses son dernier-né, le système d'exploitation Windows Vista. Beaucoup ont repoussé leurs intentions d'achat pour un nouvel ordinateur, de Noël 06 à plus tard, afin de bénéficier de ce qui devrait être une avancée technologique au service des utilisateurs que nous sommes. Avec la sortie conjointe d'Office 2007, complètement relooké, l'univers de Windows démontre une approche de plus en plus orientée vers le Web, préfiguration probable de la proche migration de la suite logiciel du poste du client vers la disponibilité en ligne, via des droits d'accès, payants ou non. Il subsistera alors sur nos machines un système d'exploitation et un super navigateur aptes à accéder à tous les outils dont nous aurons besoin, via le Net.
Bientôt la guerre du logiciel en ligne
A ma gauche Windows: en 1997, alors que qu'il s'enferrait à tenter d'imposer son réseau MSN, sensé faire la nique à Internet (rien que cela) et tardait à publier une évolution plus digne de Windows 95, la communauté réagissait dès1998 par une attitude réseau créant hors contexte commercial la probable plus grande communauté virtuelle au monde. La concurrence non encore déclarée misait fort sur l'ouverture au monde libre de licences, privilégiant l'interaction d'avec des applications et des services en ligne, la création et la diffusion de logiciels libres.
A ma gauche Google: la même année, en septembre, le champion du monde «libre» voyait le jour, sur des serveurs Open Source et en moins de 8 ans devenait le principal concurrent de Microsoft. Pourtant ce n'est qu'un moteur de recherche dirons-nous! Ce n'est plus le cas et de loin. Aujourd'hui l'éditeur de Mountain View propose 128 produits et services différents, outils de bureautique inclus: la majorité accessibles via le Web sans logiciel client grâce à un seul et unique identifiant pour y accéder en ligne.
Le point noir, la vie privée
C'est là que le bas blesse. Imaginez-vous dans un proche futur, sans plus de suite bureautique installée sur votre ordinateur. Pour vos traitements de texte vous accédez à Writely de Google, pour tableur vous ne jurez que par Spreadsheet de la suite Google Docs, vous fixez un rendez-vous avec Google Calendar, vous lisez vos emails avec Gmail en utilisant le Gbrowser, qui peut-être aura vu le jour, de même qu'un nouvel outil de présentation, type PowerPoint répondant au nom de code de Google Presently. Naturellement la barre de recherche Google-Toolbar est installée sur votre navigateur et probablement aurez-vous procédé à un achat de pub chez Google (Google Adwords). Ou peut-être alors vous aurez plus simplement craqué pour une casquette ou un t-shirt sur Google-Shop. Le moteur si simple et si convivial se révèle subitement bien moins sympathique: vous n'utilisez plus que lui parce que c'est cool et gratuit et il vous le rend bien: Google sait tout de vous. Votre identité, âge, sexe, langue, vos fréquentations, votre agenda, votre numéro de carte de crédit, vos déplacements, vos séance de surf, vos achats et surtout votre profil de consommateur, en terme de marketing: votre persona. Et quand il se compromet avec le régime dictatorial chinois, collaborant grâce à une censure de son propre moteur de recherche en version chinoise, la coupe est pleine. Bien sûr une imposante charte de confidentialité régit l'utilisation des données, cependant vous en avez accepté les termes sans probablement l'avoir lue.
http://www.google.com/intl/fr/privacy.html
Un moteur de publicité
Pourquoi le Google-glouton est-il si attaché à tout savoir des consommateurs internautes? La réponse nous livre probablement ce qui pourrait être en même temps une faille conséquente dans un système digne de la pieuvre chère à Victor Hugo. Inconditionnel de la publicité contextuelle (Google Adsense) que, pour une fois, il n'a pas inventé, Google créé également le contexte (les 128 outils cités plus haut) pour diffuser la publicité qu'il négocie aux enchères avec ses annonceurs, une équation? digne des mathématiciens les plus féroces. Les personae que nous sommes sont identifiés au plus proche de la réalité afin que la publicité nous cible de la façon la plus précise possible. A publicité ciblée recettes énormes, l'envol de Google en bourse le prouve sans conteste. Pourtant cette manne à source presque unique, démontre un manque cruel de diversité. Au niveau où évolue Google c'est assurément une faille qu'il va devoir s'employer à combler rapidement avec de nouvelles sources de profit.
Personae non gratae
Microsoft, flairant peut-être le vent d'un boulet qui passe, opère à contre-esprit un retour en arrière se positionnant désormais comme le chantre du respect de la vie privée, Vista inclu. De façon presque angélique, il publie voici six mois un guide de 49 pages dont ont peut lire en préambule que « La vie privée est considérée comme l'un des droits de l'homme fondamentaux dans certaines parties du monde. De plus, assurer la protection de la vie privée des consommateurs permet de renforcer leur sentiment de loyauté et de se différencier par rapport au reste du marché » - un coup de boule à l'adversaire. Il n'en a pas toujours été ainsi. En 2001, il projetait le lancement d'un outil baptisé « Hailstorm » susceptible de regrouper, comme Google le fait allègrement aujourd'hui, l'ensemble des données personnelles d'un utilisateur, qui accède ainsi à une foule de services ou d'applications avec un seul identifiant. Devant la grogne des utilisateurs, Microsoft s'est rétracté. Notre approbation et notre faculté à nous dévoiler est-elle ainsi à la hauteur du capital de sympathie que nous vouons à un éditeur ou un autre? Nous nous montrons nus devant le gentil Google et nous nous troublons devant l'infect Microsoft? Il est temps de réfléchir à ce que nous livrons et à qui. Les outils gratuits ne sont jamais gratuits, nous payons toujours une contrepartie, parfois de façon sournoise. Exiger d'en savoir plus sur l'utilisation effective des données personnelles tiendra peut-être, dans un avenir pas si lointain, d'une simple hygiène de vie ou d'une résistance à un envahissement qui s'est déjà annoncé.
Ci-dessous Google au début de l'année 1998